Wild Shadow

Rocco DeLuca au New Morning - 11 juillet 2011


C’était un soir où je me suis retrouvée seule, plantée par un de mes frères, à un concert que j’attendais depuis plusieurs mois. Celui de Blackdub au New Morning. Je devais y retrouver une vieille connaissance et puis, pas là non plus… j’ai juste croisé Hugh Coltman (sans barbe) et Michel Pampelune (avec barbe). Mais ça c’est une autre histoire.

Ma bière et moi avons un peu discuté avec nos voisins sur les quelques marches qui séparent la salle de bar de la « fosse » devant la scène. On se demandait bien sûr si on aurait droit à une première partie. Un mec arrive sur scène et s’adresse au groupe de personnes juste devant moi en leur précisant de ne pas rester ici, près des enceintes, parce que ça risque de devenir très rapidement insupportable pour les oreilles des enfants. Et le petit monde s’exécute et file au milieu. Super, maintenant on a une vue imprenable sur la scène ; ça s’agite de tous les côtés.

Et tout à coup, tout s’éteint ! Le noir complet…

Une silhouette masculine arrive avec une Dobro, qui réussit quand même à réfléchir le maigre rayon de lumière qui s’échappe du bar. Sans un mot, il commence à jouer. Comme ça. Dans le noir. Personne ne bouge. Puis il se met à chanter. Tout le monde l’écoute, essaie de l’apercevoir, certains se rapprochent un peu. Moi pas. J’ai pas envie. En fait, je ne peux pas. C’est juste sa voix et sa guitare… Nous sommes toujours dans le noir. On sait tous que ce n’est pas « normal » mais personne ne proteste. La chanson se termine. Et tout à coup il allume un mini projecteur accroché à son micro. En pleine poitrine. Et c’est tout. Il ressemble un peu à Cobain comme ça. Quoique non. Il se remet à jouer. Je suis toujours paralysée. C’est sûrement l’effet de surprise. C’est forcément ça ! Mais y’a bien un moment où il va nous parler. Où il va nous dire son nom au moins. Il enchaine les morceaux dans la pénombre. Il ne regarde que sa guitare. Non, il ne nous parle pas. Mais par contre, il chante. C’en est déchirant ! J’avais pas ressenti ça depuis bien longtemps. En face, j’ai l’impression qu’on est tous à l’ouest. Comme dirait un ami « on pourrait entendre une mouche pisser dans du coton ». Je me « reprends » à temps pour filmer un morceau (j’avais mon appareil photo dans les mains depuis le début de son set).

Et bien m’en a pris parce que c’était le dernier ! Il nous a salué, a tout éteint et est reparti avec sa guitare. Sans prononcer un mot. La salle se rallume. La musique d’ambiance revient… Et les gens filent au bar.

Je reste bêtement assise. Je ne comprends pas. Je me tourne vers mes voisins. « Mais vous savez qui c’est ? » « Non. Mais c’était génial ! (?) Il doit être de la famille de Trixie Whitley parce que c’est de la même trempe (??) Mais c’est dommage qu’il n’ait rien dit (???) » Et ça ne les intéresse pas plus que ça ! Je lève la tête histoire de voir s’il n’y a pas quelqu’un qui à l’air d’être plus au courant… Je file vers les ingé son qui sont forcément très occupés et qui ne me calculent même pas. Y’a un mec tout seul à côté d’eux. Alors il y a droit direct. « Excusez-moi, vous êtes de l’équipe ? Le mec en première partie, c’était qui ? » « Euh ! désolé ! je suis pas du New morning. Je sais pas qui c’est. J’en sais rien du tout ! » Et là, le passage « Twilight Zone » commence doucement à m’énerver. « Mais c’est dingue, ça ! On vient d’assister à un truc de fou et y’a personne qui sait comment s’appelle ce mec ?? Tout le monde s’en fout ? » ça fait sourire mon entourage et d’un seul coup il y a une petite blonde qui se retourne vers moi et qui me sort « Il s’appelle Rocco DeLuca« . Alleluia !

Mais aucune autre information n’a filtré ce soir-là. Il est revenu des coulisses quelques minutes plus tard mais ça s’est vu tout de suite que s’il avait pu passer entre le mur et le papier-peint, il l’aurait fait (Hum ? Mais non y’a pas de papier-peint au New Morning !). Alors je ne suis pas allée le voir…

Le lendemain, j’ai un peu recherché les antécédents du Monsieur et là je tombe sur son site qui lui ressemble tout à fait « Pourquoi discuter, allons à l’essentiel ! ». Bref, avant c’était Rocco DeLuca and the Burden mais apparemment c’est fini. Il a fait deux albums (que je me suis empressée d’acquerir), Daniel Lanois en est en grande partie responsable, qu’il y a eu un docu aussi, que Kiefer Sutherland a joué un rôle aussi dans sa carrière musicale et surtout… qu’il avait pas du tout cette dégaine là ne serait ce que l’an passé. Par contre, la voix et le toucher de guitare sont restés les mêmes.

Du joyau brut. Celui qu’on prend en plein dans le corps. Non, c’est pas seulement le coeur. Cette façon de jouer. De vous envoyer ça. C’est aussi viscéral. Y’a quelque chose d’animal, de primal aussi. J’avais pas ressenti ça depuis Jeff Buckley (et mes proches savent que je ne le dis pas à la légère). Cette voix, ce cri. C’est instinctif. C’est magnifique !

Et c’est finalement la raison pour laquelle j’adore ce qu’il fait. Pas de faux semblant. Le reste n’a pas grande importance.

Ce qu’il y a de merveilleux en musique, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour découvrir. Le temps n’a aucun effet sur l’émotion à l’état pur. Et c’est tellement bon d’être encore surprise.

Sylvie

nb : si vous aimez, vous pouvez le retrouver ici ou ici en vidéos

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